La CNIL a été saisie récemment de plaintes déposées par des associations concernant certaines catégories d'informations qui seraient intégrées dans le futur logiciel Ardoise. Ce logiciel devrait prochainement remplacer l'actuel LRP (logiciel de rédaction des procédures) dans le cadre de la mise en œuvre du futur fichier Ariane qui regroupera les fichiers STIC (police nationale) et JUDEX (gendarmerie nationale).
La CNIL comprend l'émotion et les questionnements que suscite l'existence de rubriques telles que «homosexuel», «handicapé» qui seraient intégrées au logiciel Ardoise. À ce jour, trois associations ont écrit à la CNIL en contestant l'utilisation et l'existence de ces rubriques utilisées par Ardoise. Il s'agit du Collectif contre l'homophobie, des Oubliés de la mémoire et de FLAG (policiers gays et lesbiens).
Il lui demande également de lui faire part de ses observations concernant les conditions d'utilisation des rubriques jugées « discriminatoires » par les associations afin de clarifier le débat et de dissiper tout malentendu. Le Président demande également au Ministre de lui indiquer dans quel délai le projet de décret lui sera soumis pour avis.
Le ministère de l'intérieur expérimente le logiciel Ardoise permettant le fichage d'informations particulièrement surprenantes sur l'« Etat de la personne »: «Mineur en fugue », « handicapé », « personne âgée », « sans domicile fixe », « permanent syndical », « malade », « alcoolique », « usager de stupéfiant », « travesti », « homosexuel », « transsexuel », « personne se livrant à la prostitution », « personne atteinte de troubles psychologiques », ou encore « membre d'une secte »...
L'appartenance à un syndicat, l'âge, la position sociale ou encore les préférences sexuelles, sont des informations qui n'ont rien à faire dans un fichier de police dans une démocratie, selon les revendications.
Ce logiciel, dans le cadre de la fusion des fichiers de police et gendarmerie nationales STIC et JUDEX grâce à l'application ARIANE est actuellement en cours de test au service central de la documentation criminelle de la police d'Ecully.
Comme avec le FAR, le STIC et le JUDEX qui ont mis des années à être légalisés , l'Etat utilise ARDOISE de manière illégale; selon la CNIL, qui est chargée du contrôle de ces fichiers, « une telle application (...) ne peut être créée que par un décret en Conseil d'État pris après avis de la CNIL », et pour l'instant ce décret n'existe pas. Une personne constatant une erreur dans sa fiche n'aurait même pas la possibilité de demander des corrections à la CNIL puisque la fiche n'est pas légale, pas recensée. Or, les STIC et JUDEX peuvent servir pendant le processus de recrutement dans certains emplois ou fonctions publiques ou privés .
Le Collectif contre l'homophobie a saisi la HALDE , la CNCDH et la CNIL afin de s'opposer à la mise en œuvre de ce logiciel : “Nous n'accepterons pas que Michèle Alliot-Marie autorise son utilisation, car il peut donner lieu à des dérives de sinistre mémoire” . De nombreuses organisations dénoncent ce projet. Pour FO-Cheminots, ARDOISE « franchit une limite inacceptable eu égard aux libertés individuelles. Ainsi sur ce fichier des cases à cocher indiquent les responsabilités syndicales éventuelles (”permanent syndical”), la qualité domiciliaire (”SDF”) et l'orientation sexuelle (”homosexuel”). Cette affaire nous rappelle d'autres fichiers plus physiques qui ont servis à des crimes d'Etat. C'est pourquoi, devant ce risque contre les libertés fondamentales, il est absolument indispensable de mettre ce projet aux oubliettes. »
police et de la gendarmerie avec le respect des libertés individuelles”, mais aussi prendre en compte “les besoins opérationnels".
(22 avril 2008)

